Lutter naturellement contre la Drosophile Suzukii

Exemple d’application de terre de diatomée dans les vignes Alsaciennes.

 

Si le frelon asiatique semble prêt à chasser la gênante pyrale du buis, affinité de provenance géographique oblige, il semble que la Drosophile suzukii (Drosophila suzukii) n’ait pas encore de prédateurs spécifiques et efficaces si ce n’est une micro-guêpe parasitoïde… asiatique. Il en va de même pour les moyens de luttes biologiques qui étaient inexistants jusqu’il y a peu.

Pour combattre l’ennemi, il faut le comprendre

Très difficile à différencier de la drosophile commune, la Drosophile suzukii a la particularité de s’attaquer aux fruits sains, ce que ne fait quasiment pas la drosophile indigène.

D’une espérance de vie pouvant aller de 3 à 9 semaines, la femelle Drosophile suzukii pourrait pondre jusqu’à 380 œufs sur cette période. D’un cycle de développement particulièrement rapide, cette drosophile a de fait un potentiel de prolifération et de dispersion particulièrement fort.

Hormis une intervention en amont à l’aide de terre de diatomée (cf. plus bas), il est fortement conseillé de ne pas mettre un milieu de vie favorable à disposition de l’espèce. On détruira ou enterrera les fruits morts afin d’éviter toutes formes de putréfaction et réduira l’humidité atmosphérique par des arrosages ciblés.

Qu’est-ce que la terre de diatomée?

Squelette de Diatomée
Squelette de Diatomée (Terre de Diatomée Amorphe). Vue au microscope.

La terre de diatomée est constituée de squelettes de micro-algues unicellulaires que l’on peut retrouver dans tous les milieux aquatiques de la planète. Accumulées par sédimentation au fond des lacs et des océans, les diatomées sont aujourd’hui récupérées dans des carrières.

Utilisée par bien des industries et notamment l’industrie agroalimentaire, la terre de diatomée ne manque pas d’intérêt en application agricole que ce soit en tant que fertilisant foliaire, comme antifongique de par son action dessicatrice ou encore en guise d’additif alimentaire. Mais ses propriétés mécaniques abrasives et mortelle pour les insectes est certainement la plus intéressante avec un réel potentiel de régulation de indésirables.

La terre de diatomée expérimentée sur le terrain

Aymé, travaillant pour une viticulture durable, a ainsi réalisé de nombreux tests à l’aide de la terre de diatomée, afin de définir l’efficacité du produit sur la Drosophile suzukii.
Son essai numéro 7 a ainsi été le plus probant avec une réelle facilité d’application pour un travail moyen de 2 heures par hectare sur la période.

Application de la Terre de Diatomée contre la Drosophile Suzukii dans les vignes

L’élaboration d’un dosage entre terre de diatomée, argile et calanque© dosés au plus précis grâce à des ajustements entre les différents tests a permis une application des plus pertinente avec un impact visuel très limité.

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CONSEIL Les riverains autant que les consommateurs étant de plus en plus sensibles aux différents traitements, il est conseillé d’éviter toute incompréhension. Disposer des panneaux autour de l’exploitation pour indiquer que le traitement visible sur les feuilles est un traitement AB
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Appliqué en tout début de véraison aux alentours du 15 août selon les années, ce dosage est très efficace contre les coups de soleil et risque alors peu d’être lessivé eu égard à la période.

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MATÉRIEL Les applications ont été réalisées à l’aide d’un pulvérisateur muni d’une pompe à membrane (VICAR). L’utilisation d’une rampe face par face munie de 4 buses de couleur jaune (ISO 15°-65°) a facilité l’application. La hauteur d‘application était d’environ 75 cm et l’espacement entre les buses de 70 cm. Le volume de bouillie appliqué est de 300l/ha avec une pression de 3 bars et la vitesse moyenne d’avancement de 5.2 km/h.
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En 2016, si le vignoble alsacien a été somme toute épargné par la Drosophile suzukii, il n’en allait pas de même pour les vergers et notamment les cerisiers qui ont été attaqué. La récolte a, quant à elle, duré relativement longtemps avec des gewurztraminers récoltés jusqu’à fin octobre et des parcelles témoins sans traitement à la terre de diatomée et qui ont, elles, été attaquées.

Si l’expérience n’a pas été chiffrée précisément pour l’instant, les résultats ont cependant été très bons.

Conclusion

La terre de diatomée en milieu viticole a indéniablement un intérêt et non pas uniquement dans le cadre d’une lutte contre la Drosophile suzukii. Ce qui est vrai pour cet insecte de la famille des diptères l’est aussi pour nombre de ravageurs de la vigne tels que les cicadelles de la flavescence dorée, les pucerons ou les thrips… D’autres cultures potentiellement sensibles sont tout aussi intéressées, notamment l’arboriculture.

De multiples expérimentations sont en cours, n’hésitez pas à me contacter pour en discuter.